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Robert Dandé

Horticulteur paysagiste... mais aussi artiste : poète, peintre et conteur.

Ci-dessous un résumé de son parcours atypique.


Robert Dandé, après avoir décroché son diplôme d'horticulteur-paysagiste, fit partie de l'un des derniers contingents appelés en Algérie. Comme beaucoup de ses coreligionnaires, ce fut pour lui une période douloureuse qui le marqua à vie. Mais c'est aussi là-bas, en Algérie que cette séparation lui donna, par l'écriture, l'occasion d'exprimer ses sentiments et son goût pour la nature. Les textes et poésies que vous trouverez dans cette page en témoignent.

De retour en France il trouva, avant de s'installer à son compte à Langon, un travail correspondant à ses compétences à la maison Régent de Redon . Il faisait alors tous les jours le trajet Langon-Redon avec sa 2CV Citroën. Ce travail comme employé lui laissa le loisir de s'essayer, en autodidacte à la peinture. Art que malheureusement, et la suite des événements en donne l'explication, il ne pratiqua pas longtemps, mais assez tout de même pour nous laisser ces trois tableaux représentés un peu plus bas. Poète et peintre donc, mais parfois, comme tous les artistes, la tête un peu dans les nuages : c'est durant cette période que j'eu l'heur d'assister à une absence de mon frère qui ne peut se qualifier que d'un premier prix du "comble de la distraction" ! Lire ci-dessous.

Le comble de la distraction.

Robert prenait tous les matins sa 2CV pour se rendre à son travail à Redon distant de 23 kilomètres. Voilà un an que nous étions installés sur la "butte" à Langon dans notre nouvelle maison située à l'angle de la route de Renac et du chemin menant au terrain de foot.

Par un beau matin de juin 1963, comme à l'habitude, Robert prit la route; route de Renac vers Redon... c'était tout droit. Perdu dans ses pensées, il avait parcouru cinquante ou soixante mètres quand brusquement, la réalité refaisant surface, il s'arrêta, interloqué... planté là sur ses deux pieds : il partait au travail et tout à coup, la situation lui semblait incongrue, il oubliait une chose essentielle pour faire les 23 kilomètres... sa voiture ! Robert partait à pied !!! Ce n'est pas une invention, j'étais là.

Cette première expérience de son métier comme employé ne dura pas longtemps, rapidement Robert prit ses dispositions pour s'installer à son compte à Langon; ce qu'il fit en compagnie de son frère Philippe détenteur du même diplôme que lui. Pour des raisons - multiples - sur lesquelles je ne m'attarderai pas, mais aussi le décès de notre mère, l'entreprise ne tint pas la route et coula. Ce dénouement malheureux marqua d'une nouvelle et profonde blessure  son auteur. C'est alors qu'il décida de tout laisser tomber et de partir.

Partir ! Lui qui avait mal supporté son déracinement quand son pays l'envoya de l'autre côté de la Méditerranée, prit la décision de quitter son pays pour ne plus y revenir. Et on comprend encore mieux son déchirement en lisant cet élan du coeur écrit en Algérie : "Cher Pays"

C'est alors qu'il s'engagea dans l'Association des Volontaires du Progrès et parti pour deux ans au Gabon (dans une province ou le nom du chef-lieu s'appelle Ndendé). Dans ce pays nouvellement indépendant (1960) il partagea et transmit ses compétences aux autochtones et apprit lui-même la culture du riz avec des chinois. Au bout de son contrat, à son corps défendant, il rentrait au pays en n'ayant qu'une idée en tête : celle de retourner là-bas... où il était devenu indésirable et même interdit de séjour. Robert avait enfreint certaines règles, en partant il laissait une fille et rentrait avec dans ses bagages une carte du S.A.C. (Service d'Action Civique, qualifié de police parallèle, au service du général de Gaulle).

Germa alors en lui un moyen détourné pour rejoindre ses amours africaines en passant outre le diktat des autorités française qui lui auraient refusé tout visa pour le Gabon. Y aller en partant d'un autre pays. Une occasion se présenta alors de quitter à nouveau la France. Il trouva une embauche dans sa partie professionnelle en Suisse dans les établissements Krebs pépiniériste à Vevey. C'est là qu'il fit connaissance avec une congrégation religieuse ayant une antenne au Brésil. Celle-ci lui proposa ni plus ni moins que de le prendre à son service et de l'envoyer à Manaus, en pleine forêt amazonienne, pour transmettre son savoir sur la culture du riz qu'il avait acquis en Afrique équatoriale... par l'intermédiaire des chinois. Robert n'hésita pas une seconde, pensant que cette opportunité lui donnerait peut-être plus facilement que depuis l'Europe la possibilité de retourner au Gabon.

Ses espoirs furent déçus. Perdu au milieu du continent sud américain, son projet final avait peu de chance d'aboutir. De plus, il supportait mal l'obligation que son statut de membre de la communauté lui imposait : le port de la soutane ! Par quels moyens, je n'ai pas ce détail, s'extirpa-t-il de ce guêpier? Toujours est-il que peut de temps après son arrivée à Manaus, il se retrouvait du côté de Cayenne en Guyane française... où une tentative d'élevage de porcs échoua. De retour sur le territoire national, mais pas en métropole, il lui fut semble-t-il, assez facile de se déplacer, et après un rapide passage en Martinique, d'attérrir en Guadeloupe où il enterra définitivement son projet africain et commença une nouvelle vie.

Un nouveau départ qui ne fut pas simple. Seul, sans argent... et sans bagages, perdus (momentanément) lors de son dernier déplacement aérien, Robert était dans la mouise, "dans le caca" pour reprendre son expression, au point d'aller frapper à la porte d'un presbytère de Pointe-à-Pitre. Et de petits boulots en rencontres, un jour qu'il faisait des démarches dans un bureau local de l'ANPE son pedigree attira l'attention d'un responsable connaissant Langon. Robert se retrouva alors embauché dans une société de gardiennage; c'est dans le cadre de ce travail qu'il fut un moment assigné à surveiller une plage un peu singulière dans les limites des "cinquante pas géométriques"... particularité de l'outre-mer.

Et ce fut la rencontre avec Coluche qui le prit sous son aile et l'embaucha comme gardien de sa propriété. De connivence avec l'artiste et à sa demande, Robert lui cultiva une certaine herbe prohibée - dont je tairai le nom ! - destinée à satisfaire l'intéressé et ses hôtes. C'est d'ailleurs dans le cadre de ce genre de trafic qu'une nuit vit Robert et son compère jeter à l'eau, du côté de la Pointe Batterie à Deshaies, un véhicule susceptible d'éveiller les soupçons de la maréchaussée. Robert côtoya ainsi les invités de Coluche, tels Robert Charlebois - à qui il racheta une 2CV - , Jacques Attali ou Patrick Dewaere qui venait parfois chercher le calme dans la maison que Coluche avait fait construire pour Robert et sa famille sur son terrain. Cette proximité avec le comique apparait dans l'un des sketches de ce dernier "l'histoire d'un flic" où Robert est omniprésent comme vous pouvez le constater dans  cette vidéo :

 

Même si ce n'est pas à son avantage, nous le savons, Robert eut des moments difficiles, la complicité entre les deux personnages était totale.

C'est aussi à cette époque que, suite à sa candidature aux élections présidentielles, Coluche connu quelque animosité de la part d'une certaine population, on parla alors d'indépendantistes guadeloupéen, et des attentas se succédèrent dans sa propriété. Le gardien Robert en garda de très mauvais souvenirs... et quelques souvenirs plus palpables après l'ultime incendie qui détruisit la maison du comédien : entre autre son cor de chasse qui trône actuellement dans ma propre salle à manger, cadeau fait à son frère, votre serviteur, et dont vous avez la photo ci-dessus.

Arrivée à Ste Rose depuis Pointe-àPitre

Parallèlement à son activité de gardien, Robert n'oublia jamais son vrai métier tout en s'adaptant aux particularités climatiques du moment. Toujours sur le terrain de Coluche, il aménagea sa propre pépinière. Maison et pépinière furent transférées sur un terrain familial, situé à quelques encablures de là, après que la propriété de Coluche fur reprise par un autre pépiniériste, Miche Gaillard, en 1991 dans le but de créer le Jardin Botanique de Deshaies, passage incontournable des touristes.

Robert dans sa pépinière en 2004

Palmiers "bouteilles" fournis par Robert

à la municipalité de Sainte Rose

Robert nous a quitté en 2009 - décédé sur son sol natal malgré sa volonté de ne plus y revenir suite à ses déceptions,... mais aussi sur ce même sol natal qui lui manquait tant en Algérie - cette page lui est dédiée. Peintre et poète, deux talents qu'illustrent cette page. Ces dons de conteur, servis par une excellente mémoire, qui tranpirent à travers cette présentation, auront malheureusement pris fin avec son départ.

I

Galerie de portraits

Tableaux - Période langonnaise (1963-1967)

1964 - Figurant centenaire gare - Diapo

2007 - En guadeloupe

Robert raconte

2008 - Langon, retour aux sources

 

Textes

 

 

 

 

Dans le Djebel

 

Poèmes :

- Le soldat et la guerre

- Mon métier

- Désolation

- La fin

- Souvenirs

- Pourquoi ?

- Mon pays

- Amour

- Le printemps

- L'homme et l'oiseau

- Cher pays

- Le crépuscule

 

 

Agrandir

Aïn-Mergoum le 2 Mars 1962

 Algérie...

 

 Espaces que l’homme semble avoir délaissé, où il ose se battre, quelle stupidité !

 

 Un paysage où la végétation semble avoir oublié de lancer ses atouts, où les montagnes dressent leurs pics que seul le temps a voulu façonner.

 

 Sur une crête là-bas un berger se découpe au soleil couchant comme un fantôme, tenant son bâton à la main, les brebis dans ses traces.

 

 C’est la fonte des neiges, les oueds roucoulent en charriant une eau sale qui éclabousse sur de gros rochers noirs. Depuis tant d’âges, quand la terre n’était qu’un autre long hiver qui passe…

 

 C’est   bientôt  le   printemps, les petits oiseaux, leurs chants ; l’été, le soleil et le blé ; l’automne, les fruits, les feuilles mortes ; et puis ça recommence.

 

 Tous les pays sont beaux, ils ont tous leur charme, mais pour un breton il n’y a que la Bretagne !

 

 Premier vol  de  cigogne  accroché sous les nues : que nous apporte-t-il ? Sinon l’espoir d’un retour au pays de toujours.

 

 

 Robert Dandé appelé du contingent      


Chez nous

J'aime flâner dans les bois de pins, au sol usé qui laisse apparaître sa chair d'ardoise habillée de bruyère et d'ajonc.

J'aime arpenter les prairies et les champs de blé noir, suivre les vieux sentiers creux; soulevant les feuilles mortes, un lièvre bondit; d'un buisson un râle des genêts prend son envol et va s'accrocher sous les nues.

J'aime ces vieux saules aux troncs noueux penchés sur l'eau calme d'un étang où flottent de longues trainées de nénuphars aux fleurs éblouissantes.

J'aime ces vieux manoirs d'où remonte l'odeur des châtaignes grillées sur de vieilles souches de pommiers.

J'aime me reposer assis sur un vieux tronc couché sur la bruyère parfumée; et là, dans le calme, en écoutant le chant des grillons, remonte dans mes pensées les souvenirs de ces paysages paisibles que la nature s'est plu à embellir.


Poésies - Période algérienne (1961-1962)

     

    Il en est de toutes les lignées

    De tous terrains, de tous ciels

    Il en est des petits et des gros, d'efflanqués, de dépenaillés, de cossus,

    Il en fut quelques uns roulaient voiture, d'autres allaient à pied

    A pied ! Fantassins, deuxième classe...

    Pourquoi les tua-t-on ?

    Voilà la grande question

    Si vous voulez tenir le pourquoi d'une vie

    Tâchez de trouver le pourquoi de la mort.

    S'il veut bien vivre, pourquoi accepterait-il de mourir ?

    Des attentats, la faim, la peur du lendemain.

    Un chien hurle : c'est peut-être le sang.

    Une trique casse

    Il a peur, il recule,

    Il est tombé ! Enfin tombé.

    Et vlan, et han, et pan

    Enfin il est mort.

    Solution humaine de souffrance et de haine.

       

      Mon métier à moi

      C'est le plus beau qui soit

      Les fleurs et la nature

      Tout ça, c'est ma fortune

      Personne ne me la prendra

      Dieu seul le pourra

      Il ne le fera pas

      Il sait trop que je l'aime.

      La nature est lui-même.

         

 

Désolation

    Pitons chauves aux traits tirés

    Sous les nues déchirées

    Près des oueds jaunâtres

    Tels des vaisseaux sanguins

    Tapissés de terreuses membranes

    Dilatés de monticules pierreux

    Pigmentés d'épineux rabougris

    Monozors* de jadis

    Couverts d'écailles grises

    Ornement charognard

    Aux ailes bardées de deuil

    Amour, tendresse,

    Disparus en ces terres

    Espaces compliqués

    Aux naseaux dilatés...

     

     

    * Monozor : terme introuvable, racine arabe ou kabyle peut-être.

     

    Un éclair éblouit

    Le tonnerre qui gronde

    Et le torrent grossit

    Une digue s'effondre

     

      Une mer déchaînée

      Tanguage d'un navire

      Voilures déchirées

      Et la coque  chavire

     

        La meute dans les bois

        Le piqueur meurtrier

        Une biche aux abois

        Revoilà la curée

     

          Un gosier assoiffé

          Une cruche de vin

          Un pavé mal placé

          Passé le goût du pain

     

            Le galop d'un cheval

            Chute d'un cavalier

            Funèbre corbillard

            Une vie d'achevée!

Souvenirs

      Sur la terre meurtrie

      Par les ans écoulés

      Par les flots infinis

      Sur les mers déployées

       

      Sur un ciel éternel

      Par les mers déchirées

      Par les neiges éternelles

      Sur les grands monts perchées

       

      Sur les divins menhirs

      Par les ans accablés

      Par la campagne humide

      Sur les grands pins penchés

       

      Sur les sentiers brûlants

      Par les terres séchées

      Par les larmes d'enfant

      Sur un être arraché

       

      Sur le temps de jadis

      Enfoui dans mes pensées

      Par tous mes souvenirs

      Renaît le temps passé.

     

     

      Le matin et le soir

      Le désert et la soif

      L'écu et le haillon

      Le mauvais et le bon

       

      Le soldat et la guerre

      L'amitié et la haine

      Le fusil et la mort

      Le faible et le plus fort

       

      La lune et le soleil

      La clarté, les ténèbres

      Le chasseur et son chien

      Le commencement, la fin

       

      Le sourire et les pleurs

      La confiance et la peur

      Le boucher et la bête

      Le sang, la baïonnette

       

      Pourquoi ?

       

      Mort son patois

      Déchirées ses coutumes

      Quelques souvenirs poussiéreux

      Un passé qui ne parle plus qu'aux vieux

      Le pays est par lui-même un musée

       

      Plus on l'admire

      Plus on veut y retourner

      Son image fait rêver

      Sa dignité nostalgique m'enivre d'émotions.

       

      Amour si tu savais que tu es éternel

      Que tu demeures encore sur notre pauvre terre

      Que des êtres n'ont vécu que pour te satisfaire

      Que bien d'autres sont morts, peut-être pour te déplaire

      L'homme ne sait que faire pour te satisfaire

      La vie, la mort et tout le reste

      Amour d'un instant et celui d'une époque

      Amour d'un enfant et celui d'une mère

      Amour que l'on attend et celui qu'on espère

      Amour disparu

      Amour de toujours.

     

      Reverdissent les buissons

      Gazouillent les pinsons

      Refleurissent les pervenches

       

      Eclatent les bourgeons

      S'épanouissent les roses

      Renaissent les poètes

       

      Renouveau de toutes choses

      Un souffle du paradis

      Un rayon de soleil

       

      Oh ! Nature

      Avez-vous donc une âme

      Qui s'attache à la nôtre

      Et la force d'aimer ?

     

    Petite boule de vie

    Créé pour piller les champs de mil

    S'ébouriffer dans le soleil

    Se reproduire joyeusement

    S'éteindre dans le vent

    Mais l'homme, supplicié qui s'ignore,

    En fait un petit condamné à mort.

    Le minuscule être pépiant

    Devient un menu tas de plumes sans vie

    Dans la bruyère rougit de son sang

    Sous la salve d'un fusil meurtrier

    Sur un plateau de zinc souillé

    D'une cage au grillage rouillé.

       

      Qu'il est beau mon pays

      Quand le verrai-je enfin

      Au delà de l'horizon lointain

      Mon univers à moi

      Mon rayon de soleil

      Mon pays de jadis

      Mon pays de demain

      Pour moi c'est le plus beau

      Mon coeur y est resté

      Si je devais mourir

      Loin de mon cher pays

      Qu'on sache que lui seul

      Occupa mes pensées.

      Il m'a vu naître

      Il me verra mourir

      L'amour, les souvenirs

      Tout est resté là-bas

      Je veux y retourner

      Pour retrouver tout ça

      Et y rester toujours.

 

C'est l'heure où la première étoile

Scintille en la splendeur des cieux;

C'est l'heure où le soleil

Pareil à un solstice d'hiver

Qui tarde à disparaître à l'horizon

Laisse la terre

Plongée dans les ténèbres.
C'est alors que la lune,

Planète étrange, mystérieuse,

Trouble l'obscurité,

Lance ses faibles rayons

Comme un défi.

C'est le silence et le calme infini.

Soudain un cri s'élève au milieu des bois,

Succédé par d'autres plus lamentables encore

Ce sont les oiseaux nocturnes

Qui de leurs plaintes infernales

Déchirent le calme de la nuit.